Clandestino

Esperando la ultima ola…

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Clandestino 3 – press


Extraits de presse :

Rocksound

(extrait de l’interview de Manu Chao par Yves Bongarçon)

Chao raconte Clandestino

C’est curieux ce qui se passe avec ce disque. J’avais vécu des choses très fortes de la part des gens au niveau des concerts, mais pour les disques les réactions avaient été assez « classiques ». Mais là, c’est la première fois que j’ai un retour des gens aussi fort. On a été ultra surpris, c’est clair. Les gosses adorent le disque ! Des gosses, des vieux, des gens qui aiment la techno, des gens qui écoutent du rock ! Tout le monde ! L’autre jour, je rencontre un mec dans la rue, genre techno, cheveux verts, etc. Il me reconnaît et il me branche : « J’adore ton disque ! » Ça m’a franchement surpris de la part d’un mec branché « machines ». Surtout qu’après il ajoute : « Je l’aime tellement ton disque que je l’écoute tout le temps à la maison et le problème, c’est que ma mère me l’a piqué ! » Ça résume les réactions. En France, c’est pareil, je ne pensais pas du tout que ça allait marcher. En Espagne, en Amérique du Sud, oui, je pensais que ça allait toucher des gens mais en France ! Surtout qu’il n’y a pas eu beaucoup de promo…

Avant qu’il sorte, moi et Renaud (Letang, le comparse – ndr), on se posait un peu la question si on était dans le vrai ou dans le ridicule le plus complet.

Et je ne savais vraiment pas ce que ça allait donner, je savais juste que c’était important pour moi de le faire. Mais je confirme qu’il n’y avait rien derrière, je m’en foutais. Je veux dire, je ne me foutais pas de la musique, mais ce n’était pas important pour moi de la défendre. Ce qui était important, c’était de le faire, c’était plein de chansons que j’avais envie de sortir comme ça.

A l’époque où c’est sorti, c’est vrai que j’aurais pu très bien changer de métier, il y a plein de choses à faire dans la vie (sourire) !

Maintenant, un an après la sortie du disque, on n’a qu’une envie : en refaire un deuxième ! Ça a changé ! On sait qu’on veut continuer à enregistrer, etc… Les retours qu’on a eus du disque, de la part des gens…

Moi, j’ai jamais eu ça dans ma vie de musicien !  »

Libération (27/11/99) Propos de Manu Chao recueillis par Hélène Lee

Je ne sais pas ce que veut dire « mondialisation ».

C’est impalpable, comme l’expression World Music : une recette qui marche, un peu de musique africaine pour épicer la « formule » de l’éternelle machine… Le seul artiste vraiment mondial, c’est Bob Marley. On trouve ses badges, ses cassettes dans tous les quartiers du monde. Il a fait passer quelque chose de positif et il est toujours là. Mais, dans tous les quartiers du monde, on trouve aussi la cassette du moment. Dans les cahutes de pêcheurs au fin fond de la Colombie, on entend de la techno. Est-ce bien ou pas d’écouter de la techno dans un village de pêcheurs ? Je n’en sais rien ; ce qui est sûr, c’est que c’est surréaliste. Je ne sais pas ce qui sortira de ça. Ce que je sais, c’est que tout va très vite.

Dès que quelque chose d’intéressant émerge d’un quartier, c’est récupéré. En l’espace de deux ou trois ans, la techno a été récupérée. Ils ont mis vingt ans à récupérer le reggae, mais ils y sont arrivés. Aujourd’hui, ils peuvent l’utiliser comme ils utilisent Che Guevara : pour vendre des chaussures… Est-ce à dire qu’il faut rester à l’écart du système ? Je ne crois pas. Il faut se battre avec les mêmes armes qu’eux. Si l’on s’enferme dans son ghetto, on leur laisse le champ libre. Pour être avec les gens, avec la collectivité, il faut être dans le système. Quand on est dehors, on ne lui fait pas peur. Je pense que vouloir exclure la culture des accords commerciaux, c’est démagogique et irréaliste. Les patrons de multinationales doivent bien rigoler ! Pour les empêcher d’inonder le marché, il faudrait fermer toutes les grosses boîtes – Virgin, Sony-, interdire de faire du commerce avec la musique, interdire de mettre un film dans plus de vingt salles en France !

Cela dit, qu’un pays instaure des quotas pour se protéger de la musique américaine ou anglo-saxonne, je ne trouve pas ça mal, dans l’absolu. A cause des quotas, mes chansons en espagnols ou en anglais ont du mal à passer dans certaines radios, mais personnellement je m’en fous, la loi des quotas ne me dérange pas. A condition qu’elle inclue le breton, l’arabe, le wolof… Il ne faut pas pénaliser des gens qui vivent en France sous prétexte

que leur culture n’est pas  » nationale « . Une culture n’est jamais nationale.

Les frontières sont bidon. Arbitraires, politiques. En France, c’est dans les régions que s’expriment les identités culturelles. En Espagne, c’est encore plus net, parce que Madrid a toujours été moins centralisateur que Paris. A l’école en Catalogne, on apprend le catalan, et ensuite l’espagnol en première langue. Mon père est de Galice, il est beaucoup plus proche d’un portugais du Nord que d’un madrilène. Comment comparer un basque et un andalou ? Moi, je crois au régionalisme culturel – mais pas à un régionalisme nationaliste ! Absolument pas. Ça, c’est une terrible erreur.

Ce qui a changé partout, en France comme au Mexique, c’est qu’avant, tout le monde avait honte d’utiliser ses racines. Il y a dix ans, au Mexique, aucun groupe ne faisait de musique mexicaine. Il y a quinze ans, en Espagne, aucun groupe rock ne touchait au flamenco. Quand je suis venu pour la première fois à Grenade, avec un groupe de rock plein de fils d’immigrés espagnols qui flashaient sur Camaron, Los Chichos, Los Chunguitos, nous étions très mal reçus par les milieux du rock. Cinq ans après, on les retrouvait tous en train de chanter du Chunguitos ! Mais les bad boys du quartier, ils avaient compris tout de suite. « Vraiment, c’est le son du village, ils nous disaient. Un gringo qui chante Camaron ! »

Les cultures ne peuvent être que régionales, et le seul moyen de s’exprimer sans subir la pression, c’est de le faire au niveau de son quartier. Plus on est proche de ses racines, moins on est récupérable par le haut. Le quartier, c’est là que nous sommes le plus à l’abri de la logique mondiale du pouvoir et de l’argent. Le système va tomber tout seul. Ils ont généré quelque chose qu’ils ne peuvent plus contrôler, ni Clinton ni un autre. Les plans de marketing ne servent plus à rien. Y a plus personne au volant.

Histoire d’un morceau/Mama Call/Extrait de Clandestino

En fait, on était en train de mixer l’instrumental  » la despedida « , lorsque j’ai commencé à chantonner la mélodie de ce qui allait devenir « Mama Call ». On était en fin de séance, deux heures du matin. Toute la nuit, je suis resté seul, à me faire tourner le play-back de  » la despedida « . J’ai alors écrit les paroles de Mama Call et peaufiné la mélodie. Le matin, on a fait la prise de voix avec l’ingénieur du son Renaud Letang. La chanson a été écrite, mixée en douze heures. Plus ça va, plus j’ai envie de travailler comme ça, profiter de l’inspiration du moment. Le sens du texte prend forme quand on sait que Patcha Mama est une déesse qui représente la terre pour les indiens d’Amérique du Sud. Dans « Mama Call », le mec est dans l’espace et il appelle la terre en lui demandant si elle l’entend, si elle le voit planer. Grâce à un vieux vinyle on entend Youri Gagarine, premier cosmonaute à être allé dans l’espace en 1961, parler à la Terre. Quand j’étais môme, j’écoutais toujours ce disque de Gagarine qui parlait à l’espace avec l’hymne russe.

Ça m’éclatait,

c’était mon tube !

Extrait de l’interview de Manu Chao parue dans Guitare & Claviers