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Entrevistas y Vistas 2 – Thuran 2

Rencontre Manu Chao – Lilian Thuram: la virée nocturne de deux monuments

Entretien exclusif pour l’AFP
Par Yann BERNAL
Photos : Cesar Rangel

BARCELONE (Espagne), 20 sept 2007 (AFP) – Manu Chao et Lilian Thuram vivaient dans la même ville mais ne s’étaient jamais rencontrés: les convergences d’idées et la complicité naissante les ont rapprochés le temps d’une nuit, entre discussion à bâtons rompus et sortie dans le vieux centre de Barcelone.
Rendez-vous pris à l’entrée du Camp Nou, l’antre du FC Barcelone. Tutoiement d’emblée entre les deux hommes, et pas question de s’attarder dans le quartier grisâtre du stade, il faut un nouveau terrain: ce sera le Gotico, quartier du chanteur et son local, la Pesca. Pendant le trajet en camionnette, les deux fendent la glace, esquissant les sujets qui allaient être abordés pendant l’entretien.
Dans une ruelle étroite et sombre, une vieille enseigne où l’on vendait le fameux « bacalao » (morue), et dont il reste un énorme frigidaire dans le fond, quelques étals et un bric-à-brac où s’entasse pêle-mêle la production du Mariatchi, le bistro préféré de Chao: hydromiel, olives et vermouth.
Thuram remarque le 21 figurant sur la pochette du dernier album de Chao, La Radiolina. C’est son numéro au Barça, et c’est le chiffre magique du chanteur, né un 21 juin. Et « trois fois sept: vingt et un », ajoute-t-il, notant les supposées caractéristiques mystiques du chiffre 7. On est le 17 septembre 2007.
Le point commun numérologique est anecdotique mais en préfigure bien d’autres, jalonnant une heure et demie de discussion, sur le traitement des immigrés, la politique africaine de l’Occident, les mérites de la reconnaissance des cultures comme de leurs mélanges… Seule pierre d’achoppement notoire: lequel a le plus de pression sur les épaules quand il joue ? Les deux se renvoient la balle ou dans les cordes gentiment.

Saucisson au bistro
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En filigrane se dessine aussi un rapport au monde envisagé différemment: sur un mode horizontal pour le chanteur surnommé « Chapulin » (sauterelle), privilégiant la géographie – se nourrissant de ses expériences à l’étranger, au Venezuela, en Bolivie, au Mali -, et plutôt vertical chez « Tutu », versé dans l’histoire – celle qui le touche et sur laquelle il s’est largement documenté, comme l’esclavage et la colonisation.
Chao emmène ensuite Thuram dans son bistro spécial matches du Barça, une petite gargote typique avec fanions et écharpes en pagaille. Le tenancier ne cache pas son émoi en reconnaissant le défenseur central -après une bonne demie-heure- et lui offre saucisson sur saucisson, son péché mignon.
« Là, je commence à aimer Barcelone », lâche le vice-capitaine de l’équipe de France tandis que le chanteur le guide dans les entrelacs du Gotico, jusqu’à la plaza Real où l’on va dîner sur les coups de minuit. Et où il sera question, toujours « en harmonie » (l’expression favorite de Chao), du professeur Choron, de Jackie Berroyer ou de Pierre Desproges
Deux heures du matin, Thuram prend congé de son coéquipier d’un soir, non sans avoir pris bonne note de l’adresse d’un restaurant sénégalais dans le quartier Born. « On s’y fera une petite bouffe, promis », lance Chao, pour qui la nuit sera encore longue. Et marquée par une autre rencontre, inopinée celle-là, et du troisième type: Woody Harrelson, l’acteur américain de « Larry Flint » et « Tueurs nés ». Mais c’est une autre histoire.

ybl/eba/jgu