La Mano Negra

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Mano Negra 1


Mano Negra

La MANO en claque encore la preuve, ici et maintenant : le rock, c’est fait pour bouger, ruer, cavaler. D’habitude, on cavale de préférence avec ses jambes. Mais il n’y a pas de secret :

sans tête pour les diriger, les jambes ne cavalent jamais bien loin. Tandis que les mains, elles, font le lien d’instinct : avec une forte tête et un coeur gros comme ça, le rock peut cavaler à toutes jambes sur une seule main. A condition qu’elle n’ait pas peur de se noircir au cambouis des rages cumulées et des mémoires enfouies: bandits d’honneur, « ceux de la MANO » n’avaient peur de rien. Depuis eux, le temps n’a plus qu’à se regarder.

MANO NEGRA d’impatientes nerveuses qui n’étaient pas dues à la crispation mais aux bleus aggravés que provoquent les urgences trop longtemps refoulées. Et quand elle a jailli, cette main, ce fut comme un coup de poing : libérateur, mais en pleine poire et dans un fracas indescriptible. La presse, collée au bout de son banc cherchait en vain l’adjectif percutant qui relèverait le gant: rock ? Pour la puissance du feu, on invoqua les Stooges, les Clash, et même Eddie Cochran ! Mais ça ne suffisait pas : il y avait aussi du funk, du reggae et du ska ! Tout ça, et ça ne suffisait toujours pas : il y avait surtout ces huit gars tout sourire et en nage qui fonçaient et cognaient en autant de styles démembrés que de langages tuméfiés : des charpies d’anglais, des lambeaux de français, des giclées d’espagnol et des gouttes d’arabe…

Parce que les hommes qui composaient la MANO NEGRA s’étaient tous rencontrés à Paris, et que quand on se bat pour vivre en musique à Paris, c’est le bruit que ça fait ou celui d’une mouche. Ou rien. Pour eux, c’était ça en surmultipliée. Et si surmultipliée il y eut, c’est parce que le public, de Paris d’abord, d’ailleurs inimaginables ensuite, s’est reconnu en eux immédiatement, sans s’embarrasser de qualificatifs ni de justifications : partout où ils passeraient, Manu Chao, Santi, Daniel et les autres seraient des frères… Des frères de sangs mêlés prouvant chaque soir, et bien au-delà de leurs fabuleux concerts, qu’en enfonçant les pinceaux de la conviction dans les couleurs de la réalité, on pouvait « le » faire. « Le » quoi ? L’amour en tambours, guitares et trompettes, la foire en chants incandescents, la totale par dessus montagnes, mers et frontières de tous genres et de toutes espèces…

De la MANO NEGRA, la légende retient les échauffourées généreuses sur les scènes du monde entier, les tournées délirantes à partir d’un « Cargo » affrété par des fous, les échappées belles et risquées en Colombie, au Pérou, dans la fournaise des faubourgs les plus éloignés…ou les plus abandonnés. Et des chiffres de vente de disques qui laissent songeurs mais certes pas à désirer : pour un disque de platine en France (300 000 exemplaires), c’était un jumeau d’or (100 000 exemplaires) au-delà. Le fait demeure unique. Tout comme l’influence de la MANO sur une génération de groupes ou d’artistes se réclamant de sa poigne énergique avec une ferveur qui ne l’est pas moins : les doigts noirs ont fait des petits ongles solides…

… et puis la paume s’est ouverte sous d’autres cieux, et depuis son ombre erre, cajolant les rêves rebelles, raffermissant les premiers pas de charge. De temps en temps, et même fréquemment, une rumeur surgit, qui croit l’apercevoir rassemblant ses phalanges de chair pour de vrai sur un horizon flou. Sans doute l’effet d’une chanson, d’un de ses échos d’elle : où qu’elle soit en transit, furieuse ou apaisée, amoureuse ou repue, la MANO fait du bruit !…

Les albums s’appelaient « Patchanka » et « King of Bongo », « Puta’s Fever » et « Casa Babylon », le live « Hell in Patchinko »: c’était Corto Maltese dans la jungle des villes d’aujourd’hui. C’était et c’est le pouls charnel et pluriel d’un groupe né ici et destiné à porter loin. Par le geste, la voix, la foi. Ecoutez l’essentiel de la MANO NEGRA : tout ce qui frappe d’elle est là. Intact. Chaudes claques et grande classe…

El Gran Patchinko