13/06/08

Bondissant… !

13/06/2008

Manu Chao & Radio Bemba en concert Bercy: bondissant!

L’ex-leader de la Mano Negra était en concert au Palais Omnisports de Bercy les 11 et 12 juin derniers. Vendues raisonnablement 29 euros au public, les places réservées à la presse (parce que gratuites justement!) étaient chères… Beaucoup de demandes et peu d’élus. Concertlive.fr a eu la chance d’en faire partie: reportage.

L’Euro de football avait à n’en pas douter ce 12 juin un sérieux concurrent en la personne de Manu Chao, accompagné de son groupe Radio Bemba. C’est dans un Bercy plein à craquer que nous avons pris place, la lourde tâche de chauffer le public parisien ayant été confiée pour cette seconde soirée aux Angevins de La Phaze (la veille avait vu sur scène la rappeuse Keny Arkana).

Les membres de ce trio de choc est un habitué des premières parties de Manu Chao, puisqu’ils l’ont suivi à maintes reprises, notamment sur une tournée brésilienne en 2004.

Le concert démarre en trombe, et l’énergie et la conviction de La Phaze offrent une excellente entrée en matière. Ils joueront ainsi pendant près d’une heure les morceaux de leur nouvel album « Miracle » et d’autres plus anciens, avant de céder leur place aux backliners de Radio Bemba le temps d’un changement de plateau.

Le temps pour nous d’aller nous rafraîchir et de croiser au passage dans les endroits les plus insolites (…) quelques VIP venus assister au concert (Jacky Beroyer ou Raphaël Haroche entre autres).

Après une vingtaine de minutes de pause, les sirènes et les samples caractéristiques de la musique de Manu résonnent dans la salle et chacun rejoint sa place précipitamment pour ne pas manquer le début.

Ce sont un percussionniste (Philippe « Garbancito » Teboul, percu de la Mano Negra) un batteur, un clavier et un trompettiste qui font leur apparition et entament un rythme endiablé sur lequel viennent bientôt se greffer un guitariste et un bassiste. Après quelques minutes de jam pour finir de chauffer la salle, pourtant déjà hors d’elle, le « Clandestino » fait son entrée sous les vivas de la foule en délire.

Après une intro survoltée, le groupe se lance dans son premier vrai morceau de la soirée. Et c’est parti pour près de trois heure de concert. Les musiciens sautent, la fosse ondule et se lézarde au rythme de la musique.

Manu Chao et Radio Bemba font penser à une équipe de beach soccer et, pour continuer l’analogie footbalistique, pratiquent une étrange chorégraphie qui s’apparente à la tactique du hors-jeu: Manu chante puis ses acolytes et lui-même reculent avant de revenir sur le devant de la scène, répétant ce curieux ballet à l’infini et haranguant le public entre deux reculades…

Curieux mais diablement efficace, d’autant qu’il ne fallait pas beaucoup pousser la foule ce soir-là pour faire griller les sonomètres!

Au menu de ce show parfaitement huilé, un véritable « best of » revisité avec des titres comme « Me Gustas Tu », « Clandestino », « Desaparecido », « El Viento », « La Primevera », « Welcome To Tijuana », « Minha Galera », des reprises de la Mano Negra et même en fin de soirée quelques titres du livre musical « Sibérie m’était contée » joués en acoustique.

Manu Chao et ses musiciens assurent le show dans toutes les configurations, et la réussite est totale. Le public est comblé au-delà de ses attentes et la salle ne se videra que très lentement, laissant redescendre peu à peu l’énergie créée dans l’exaltation de cette soirée réussie.

Yoan Rega pour Concertlive.fr

Crédit photo: Antoine Legond

Manu Chao chauffe Bercy

Sa tournée avec Radio Bemba s’arrête deux soirs à Paris.

De notre correspondante au Havre Natalie Castetz

QUOTIDIEN : mercredi 11 juin 2008

Manu Chao en concert à Bercy ce soir et demain (et en tournée à Douai, Strasbourg, Dijon…).

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Acte I. La chanteuse s’époumone, appelle à la résistance contre Sarkozy - «la racaille, elle est à l’Elysée» -, doigt d’honneur, pour finalement découvrir que «la vie c’est précieux», qu’il n’est «jamais trop tard pour la cueillir». La foule n’a cure de la rappeuse Keny Arkana. Elle attend Manu Chao. Après sept ans de silence radio sur les scènes de son pays natal, il a inclus dans sa tournée Le Havre, qu’il dit aimer particulièrement, comme beaucoup d’autres villes en France, pour l’avoir accueilli lors des temps moins cléments.

Bars. Alors, quand Manu Chao déboule lundi soir, guitare en bandoulière, chemise ouverte et casquette vissée sur la tête, après les six musiciens de son groupe Radio Bemba, les 4 800 fans qui ont rempli les Docks Océane, hurlent de plaisir et se mettent à danser. Le public, déjà conquis, ne sera pas déçu par ses rythmes latino rock (alternatif) mêlés de samba, ska jamaïcain et reggae. Car José Manuel Arturo Tomas, de son vrai nom, jeune homme de presque 47 ans qui vit à Barcelone quand il n’est pas en tournée, donne sans compter. Manu Chao chante encore dans les bars, les festivals, produit l’album hip-hop du groupe malien Smod, prépare un CD avec la Colifata, la «radio des fous» d’un hôpital psychiatrique de Buenos Aires, a sorti en septembre un nouvel album, la Radiolina (Because Music) après Clandestino (1998), Proxima Estacion : Esperanza (2001) et le live Radio Bemba Sound System (2002).

«La résignation est un suicide permanent», aime-t-il à dire. On le croit. Sur une scène sobre, hérissée de projecteurs, il bondit, gesticule, enchaîne sans pause une world survitaminée sur des paroles minimalistes, tronçons de phrases, répétition de mots, riffs de guitare. En concert aussi, Manu Chao joue aux Legos. Prend des bouts d’une chanson pour les recoller avec ceux d’une autre. En espagnol, beaucoup, en anglais parfois, en français, un peu. Chansons intimes (la Primavera, A Cosa), tubes (Clandestino), extraits du dernier CD (Panik Panik, El Hoyo, Me Llama Calle, la Vida Tombola), mixés avec des réminiscences du Mano Negra des années 80.

«Pêche». Bien sûr, Manu Chao chante la résistance, l’espoir, le refus de la répression, les bordels… Calé sur ses positions altermondialistes et ses sympathies affichées pour le Venezuela de Chávez ou le Cuba de Castro, il dédie aussi et à sa façon un morceau à Bush, «le plus grand terroriste de la planète». Le concert se terminera avec les airs plus acoustiques de Sibérie m’était contée (2004) , son projet livre-CD en français dans le texte. «On voyage très loin, dans un monde positif et meilleur», hurle cet étudiant arrivé tard de Dunkerque. «C’est magique, ça donne une pêche d’enfer», crie ce grand tatoué, une énième bière à la main.

«Y Ahora que ?» (Et maintenant, que fait-on ?), questionne sur la couverture son dernier CD. «On danse», répond cette artiste quinquagénaire venue d’Yvetot. Prévoir tout de même des chaussures confortables : la liesse dure trois heures.