1/02/08

La cause des Indiens Mapuches

Le gouvernement chilien confronté au sort des Indiens Mapuches

Des Indiens mapuches manifestent devant le palais présidentiel de La Moneda, le 22 janvier 2008 à Santiago du Chili.

AFP/MARTIN BERNETTI

Des Indiens mapuches manifestent devant le palais présidentiel de La Moneda, le 22 janvier 2008 à Santiago du Chili.

BUENOS AIRES CORRESPONDANTE

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La cause des Indiens Mapuches s’est imposée de façon inédite sur la scène politique à Santiago du Chili, à la suite d’une longue grève de la faim d’une militante emprisonnée, Patricia Troncoso, âgée de 39 ans. La Fédération internationale des droits de l’homme et Amnesty International avaient accusé d’indifférence le gouvernement de la présidente socialiste Michelle Bachelet.

Après une médiation de l’Eglise catholique, Patricia Troncoso a mis fin, mardi 29 janvier, à sa grève de la faim, après 110 jours de jeûne. Le gouvernement lui a accordé, ainsi qu’à deux autres militants emprisonnés, la possibilité d’être transférés dans un centre d’éducation par le travail et de bénéficier d’un droit de sortie dominical.

Défenseure des droits indigènes, Patricia Troncoso n’appartient pas à l’ethnie mapuche. En 2001, elle avait été condamnée à dix ans de prison pour l’incendie d’une propriété rurale dans le sud du Chili, que les Mapuches considèrent comme appartenant à leurs ancêtres.

L’ENJEU DE LA TERRE

Le gouvernement avait refusé d’intervenir dans un premier temps, arguant qu’il s’agissait d’un cas relevant de la justice. Une dizaine de Mapuches ont été condamnés et sont détenus en vertu d’une loi « antiterroriste » draconienne qui avait été imposée par la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990). Le 3 janvier, un Mapuche de 22 ans a été tué par la police lors de l’occupation de terres revendiquées par les indigènes.

L’ethnie mapuche, ou « peuple de la terre », est la plus importante communauté indigène du Chili. Elle représente 6 % des 16 millions d’habitants du pays. Elle représentait il y a dix ans plus de 10 % de la population, selon le Centre d’études publiques.

C’est autour du Pucon, au cœur de la région de la Araucania, que se trouvent la majorité des communautés mapuches, qui vivent de l’agriculture. Elles sont souvent en conflit avec les grands propriétaires terriens et des multinationales, notamment forestières, qui occupent et exploitent un territoire qu’elles revendiquent. Beaucoup de Mapuches sont contraints d’émigrer à Santiago, où ils sont victimes de discrimination.

« Les efforts de Patricia Troncoso n’ont pas été vains, puisque le thème mapuche s’est installé dans la société chilienne », a souligné le président de la Conférence épiscopale, Mgr Alejandro Goic. La présidente Bachelet a chargé un de ses conseillers politiques, Rodrigo Egana, de s’occuper du dossier indigène. M. Egana a appelé à « un vaste dialogue », pour que la société chilienne « assume pleinement son caractère multiculturel ».

L’un des principaux défis sera de faire approuver par le Parlement une loi garantissant la reconnaissance constitutionnelle des peuples indigènes. Depuis le retour de la démocratie, la coalition gouvernementale de centre-gauche s’est engagée à assurer davantage de droits et d’autonomie aux Mapuches, mais sans résultats concrets.

De l’autre côté de la cordillère des Andes, les Indiens Mapuches qui vivent dans la Patagonie argentine manifestent aussi régulièrement pour réclamer la restitution « des terres de leurs ancêtres ».

Christine Legrand