25/05/07

La Colombie met à jour ses charniers

Ebranlée par les révélations des paramilitaires,

la Colombie met au jour ses charniers

29/04/2007 – Le Monde, El Espectador, Global Voices Online

Un charnier avec les ossements de 57 victimes des groupes paramilitaires a été mis au jour dans le département du Meta. « Les promoteurs des paramilitaires n’ont pas payé pour avoir de la protection, mais du sang », a lancé le procureur général Mario Iguaran, jeudi 26 avril, ému face aux restes de deux adolescents.

La Colombie s’efforce de faire toute la lumière sur les atrocités commises par ces milices d’extrême droite, formées dans les années 1990 pour lutter contre la guérilla d’extrême gauche, et démobilisées depuis 2006. Les services du procureur ont déjà exhumé 533 ossements. Plus de 3 700 charniers ont été signalés par des proches des victimes ou par des paramilitaires démobilisés, voulant bénéficier de la loi « justice et paix », qui prévoit une peine maximum de huit ans. L’enquête en cours concerne 10 000 morts. Beaucoup ont été démembrés à la machette.

LA BATAILLE DE LA MÉMOIRE

« Les paramilitaires cherchent à effacer la mémoire, affirme Eduardo Pizarro, président de la Commission nationale de réparation et réconciliation. Voilà pourquoi il faut déterrer les victimes et remettre leurs restes à leurs familles. » Après avoir dénoncé les liens des proches du président Alvaro Uribe (droite) avec les paramilitaires, le sénateur de gauche Gustavo Petro a fait l’objet de menaces de mort. A Medellin, une dirigeante communautaire, Judith Vergara, a été assassinée lundi 23 avril. « Les paramilitaires nous accusaient de donner des informations à Amnesty International », a rapporté son ONG.

M. Uribe est troublé par les répercussions aux Etats-Unis du scandale de la « parapolitique », c’est-à-dire des liens entre paramilitaires et parlementaires de la majorité présidentielle. Le Congrès américain bloque une partie de l’aide prévue dans le cadre du Plan Colombie, destiné à lutter contre le trafic de drogue. Maria McFarland, de Human Rights Watch, a expliqué au Congrès que la Colombie « fait face à la pire crise humanitaire et des droits de l’homme de l’hémisphère ».

Pour éviter de se trouver en présence de M. Uribe, l’ancien vice président démocrate américain Al Gore a annulé sa participation à un forum à Miami. Le vice-président colombien Francisco Santos y a vu « un affront non seulement pour le président Uribe, mais aussi pour la Colombie ». Le sénateur Petro estime que « pour régler le problème sur le plan international, le président doit cesser de s’entourer d’amis des paramilitaires au gouvernement et au Congrès ». M. Uribe doit se rendre à Washington le 2 mai, pour défendre la ratification du traité de libre-échange entre les deux pays.

Alors que les hommes d’affaires colombiens se portent au secours du chef de l’Etat, plusieurs anciens chefs des paramilitaires, dont Salvatore Mancuso, ont accueilli favorablement la proposition du sénateur Petro d’un « grand accord national pour la vérité ». M. Mancuso a remis à la justice six propriétés rurales, un restaurant et une entreprise, évalués à 4 millions d’euros, pour être reversés au fonds national de réparation des victimes.

« Si le pacte national pour la vérité de Petro marche, nous voulons connaître la face cachée de la lune : les liens entre les hommes politiques de gauche avec la guérilla, souligne M. Pizarro. La mémoire est un champ de bataille.

Les Colombiens sont avides de connaître la vérité judiciaire et historique sur la violence, de droite comme de gauche, subie par le pays depuis quatre décennies. »