14/06/08

Manu Chao Chauffe Bercy !

Manu Chao chauffe Bercy

Le chanteur Manu Chao commence une tournée française puis européenne - ici, le 29 août 2008 à Paris.

AFP/THOMAS COEX

Le chanteur Manu Chao commence une tournée française puis européenne – ici,

le 29 août 2008 à Paris.

Manu Chao a chanté sur le Zocalo, la grand-place de Mexico, face à 180 000 spectateurs en 2006, sillonné les Amériques, du Sud et du Nord, conclu le festival de salsa résistante Tempo latino de Vic-Faizensac (Gers) l’été 2007, seule date française. Il venait de sortir un disque, La Radiolina, contenant un tube qui enflamma l’été, Rainin In Paradize. Puis il a filé en Argentine, ou à Bamako, ou à Barcelone ou à Pigalle. De fil en aiguille, l’on s’est aperçu qu’il n’avait pas concédé de tournée à la France depuis sept ans.

Voici la négligence (volontaire) réparée, l’activiste est dans la place et son parcours hexagonal passait les 11 et 12 juin par le Palais omnisports de Paris-Bercy, juste après une date « ouvrière » au Havre. Reprenant les principes de la Mano negra dont il fut le leader, Manu Chao tourne à l’énergie et au dépouillement. La scène est simplement éclairée, les décors évoquent un cirque sous chapiteau. Les musiciens sont habillés comme s’ils descendaient boire un verre au bistrot du coin, plutôt barcelonais : bermudas amples, baskets, torses nus, casquettes à visières, du rouge, du vert, du jaune…

Ce principe de base permet de limiter les dégâts sur le pouvoir d’achat et de proposer un concert de plus de trois heures pour environ 30 euros (« 10 euros de l’heure », précise le chanteur), là où ses confrères du rock’n'roll parviennent rarement à passer sous la barre des 50 euros. Frêle, mince, bondissant comme un jeune garçon, Manu Chao, 47 ans le 21 juin, électrise ses comparses, les tourbillonnants animateurs du Radio Bemba Sound System : Madjid Fahem (guitare), Gambeat (basse), Garbancito (percussions), David B. (batterie), Julio Garcia Lobos (clavier), Angelo Mancini (trompette), épaulés par Chuco aux mélanges des sons. Fidèle entre les fidèles, le groupe suit Manu Chao dans ses aventures musicales, qui sont larges, une fois établies les fondamentaux, le rock, la rumba, le reggae.

DANSE, SCANDE, BOUGE

Le 11 juin, Bercy bout, c’est un chaudron fumant. Au parterre, surgissent des drapeaux espagnols et catalans. Petites notes nonchalantes, échantillonnages de bruits radiophoniques, sirènes qui sont la signature du rocker nomade, sont diffusées en introduction. Et Radio Bemba déboule, toutes percussions dehors. C’est Panik, Panik, puis une heure de folie, des tombereaux de titres mélangés les uns aux autres.

Parfois Manu Chao concède une chanson entière, comme Clandestino, le tube qui le transforma en 1998 en champion des ventes mondiales de musique hexagonale. Il y a aussi La Vida Tombola, extraite du dernier album, écrite en hommage au footballeur déchu Diego Maradona, à qui leur ami commun Emir Kusturica vient de consacrer un documentaire (BO de Manu Chao) ; ou encore Helno, dédié au chanteur des Négresses vertes mort d’une overdose en 1993. Une tribu.

Helno s’intègre à la fin du concert dans une série inédite en scène, de jolies mélodies extraites du livre-CD Sibérie m’était contée, conçu avec le dessinateur Wozniak en 2004. Elles coupent le déchaînement rythmique du sound system, donne l’indication d’une tendresse qui va « jusqu’à la Lune et même plus loin ». Parce que Manu Chao, s’il dénonce la foire aux mensonges contemporaine, croit encore au pouvoir des étoiles. C’est ce que le public, qui danse, scande, bouge trois heures durant, comprend.

Manu Chao chante essentiellement en espagnol. Ce fils d’un intellectuel galicien et d’une Basque est né en France, réhabilite l’espagnol comme langue de communication planétaire. Dans cette démarche mondialiste, Radio Bemba affirme la primauté du reggae et de la latinité. Il donne à Casa Babylon ou Monkey, étendards du temps de la Mano negra, des teintes de mambo. Il orne de guitare métal ses thèmes les plus latinos comme Bienvenida a Tijuana. Et parce qu’il a des opinions, Manu Chao dédie son dernier brûlot en date, Politik Kills, à George Bush, en visite d’adieu en Europe, « l’être le plus dangereux du monde pour nos enfants ».


Manu Chao. Tournée française et européenne : le 14 juin à Douai (Gayant Expo), le 16 à Strasbourg (Zénith), le 18 à Dijon (Zénith), le 19 à Vienne (Théâtre antique), le 24 à Clermont-Ferrand (Zénith), les 28 et 29 au Festival de Glastonbury (Grande-Bretagne), le 2 juillet au pont du Gard, puis tournée des festivals d’été, jusqu’au 30 et 31 juillet à Bayonne (aux arènes).

La Radiolina, 1 CD Because Music.

Véronique Mortaigne