5/12/11

Manu Chao fête les vingts ans de La Colifata sur scène

Il est 20h30, samedi 26 novembre, au stade Malvinas Argentinas de Buenos Aires. Manu Chao s’apprête à rentrer en scène avec ses camarades de La Ventura pour l’ultime show de la tournée 2011.

Les gradins sont pleins. La fosse se prépare pour un pogo endiablé de près de 2h50. Ce soir, le show n’est pas un show comme les autres. Manu Chao a invité La Colifata pour présenter la soirée. La Colifata, ça ne vous rappelle rien ? Il s’agit pourtant de cette petite radio qui émet depuis le fin fond de la cour de l’hôpital psychiatrique de Buenos Aires. Les chroniqueurs qui sont aussi des patients ou anciens patients ont collaboré, entre autre, à la réalisation du 3e album de Manu Chao, La Radiolina, sorti en 2007.Dans le clip de Rainin’ in paradize réalisé par Emir Kusturica, les comédiens, c’était eux !

Ce soir, tous sont fiers de pouvoir fêter sur scène avec Manu Chao, les vingt ans de leur radio. Il faut dire que l’histoire d’amitié entre l’artiste globe-trotteur et les Colifatos, les « fous » en argot argentin, ne datent pas d’hier. « J’ai découvert l’existence de la Colifata à Barcelone, il y a quelques années, se remémore Manu Chao. Mon ami et voisin argentin Carlos Larrondo les suivait avec sa caméra depuis les débuts. Il était en train de monter un film sur eux (LT22 radio la Colifata). On a passé des nuits et des nuits ensembles à regarder les images de tous les moments de vie des Colifatos. Je les ai pratiquement tous connu comme ça… d’abord en image ! »

Le premier projet concret a lieu en 2002. A l’époque, les musiciens des rues de Barcelone se réunissent pour auto-produire un disque ayant pour titre La Colifata, Siempre fui loco, en hommage à la petite radio argentine. « Je me souviens que les Colifatos avaient participé de manière fournie et magnifique », complète Manu Chao, parrain de ce projet.

C’est en 2004 que le musicien et les chroniqueurs finissent par se rencontrer. « Cette année-là, nous sommes allés à Barcelone, se souviens Alfredo Olivera, psychologue et créateur de La Colifata. C’est là que j’ai rencontré Manu Chao pour la première fois. Tout de suite, il m’a demandé : Comment va Garcé ? Comment vont Edu et le petit frère Ever ? Il connaissait déjà chaque membre de la Colifata, notamment grâce aux cassettes que je lui avais envoyé depuis 2002. Il était capable de répéter des phrases entières apprises par cœur et imitait la voix de plusieurs Colifatos. Nous récitions en chœur certains passages. Je me rappelle qu’il disait que les enregistrements étaient comme des petites oeuvres d’arts. J’étais très fier. »

Depuis, il est difficile de compter le nombre de fois où Manu Chao est venu à la radio ou encore le nombre de collaborations comme en 2009 avec l’enregistrement des deux volets de Viva la Colifata.

A l’époque, l’artiste produit un disque d’une vingtaine de titres enregistrés par les Colifatos téléchargeable sur l’Internet. « Ce que j’aime chez lui, reconnait Alfredo Olivera. C’est cette capacité à entrer en contact avec l’autre. Il sait écouter le « tempo » de chacun et s’offrir comme soutien pour que ce battement, cette rythmique se transforme en mots et créé de la lumière. La relation que nous avons avec lui est une relation de sensibilité. »
Dans le stade, l’ambiance continue de monter, un par un les Colifatos se présentent au public. Parmi les prestations, on retient, Ever, le chroniqueur bolivien avec son anorak sur les épaules, son bonnet visé sur la tête et ses écouteurs dans les oreilles. Loin de se démonter, il saute des gradins, réclame une bande musicale et entame quelques pas de danse devant la foule incrédule. C’est un triomphe !

Mais pour comprendre le lien profond qui existe entre Manu Chao, sa musique et les Colifatos, il faut quitter le grand stade, la fête et les belles lumières. Il faut se rendre directement comme l’a fait Manu Chao, il y a quelques années, à l’hôpital psychiatrique Borda au 375, rue Ramón-Carrillo, dans le quartier de Barracas à Buenos Aires.

Après avoir passé quelques rues, le conducteur de taxi te prévient. Il ne faut pas s’attarder. La zone est dangereuse.

En arrivant ce qui te frappe, c’est la forme de l’édifice. Il est très grand, très carré. A quelques mètres de l’entrée un homme est au sol, personne ne semble s’en inquiéter. Toutes les portes -quand elles existent- sont ouvertes. Une fenêtre sur deux est soit cassée, soit manquante. Pas de radiateur. Pas de gaz. La nourriture est froide. Dans les couloirs domine un silence de mort. Les rares visages que tu croises sont vides comme fantomatiques.

Pourtant, après avoir longé le bâtiment sur la gauche et avancé tout droit jusqu’au fond de la cour, des voix se font entendre. Ce sont les premières.

Autour d’un cabanon aux multiples couleurs, plusieurs personnes sont en train de s’agiter. Il faut dire que l’on est samedi et qu’il est 14h30. L’enregistrement de l’émission de la Colifata ne devrait plus tarder.

Elle est donc là, nichée au milieu de nulle part, la fameuse piccola radiolina* dont parle la chanson de Manu Chao.

Certains ont déjà commencé à sortir un vieux tableau à craies cassé sur le côté gauche et une table d’enregistrement -une antiquité-. D’autres, déplient trois tabourets en bois. Autour un demi-cercle de chaises de jardin permettra à tout ceux qui le veulent de regarder l’enregistrement. « On est fous mais pas cannibales, lance Jagger, l’un des chroniqueurs. Tout le monde est donc bienvenu. »

Sur les visages des sourires. Pendant quelques heures, on rend à ces hommes leur humanité et leur dignité. « La semaine, l’hôpital est un cimetière, confie Julio, ancien pensionnaire et Colifato. L radio c’est leur vie. C’est le seul moment où ils rencontrent des gens de l’extérieur, où ils peuvent communiquer avec le monde et où leurs voix comptent. »

Une des bénévoles vient chaque semaine pour apporter son aide. Avec ses cheveux gris et son sourire bienveillant, elle distribue à tous des petits gâteaux secs. D’autres ont ramené des boissons. C’est ça aussi La Colifata, quelques heures volées à l’enfer pour partager, discuter et rire. « On se rend compte que ce sont des personnes et non des animaux, complète Julio. Devant les micros, ils démontrent des capacités incroyables. » A Manu Chao de rajouter : « C’est à chaque fois magique ».

D’ailleurs, à écouter les chroniques des uns et des autres au cours de l’enregistrement, certaines chansons de La Radiolina prennent d’autres sens, d’autres couleurs. En tendant l’oreille, on reconnait même la voix présente en fond sonore sur la chanson Tristeza maleza, c’est celle de Beatnik…

Des projets avec Manu Chao, il y en aura d’autres. « Il y aura forcément des suites à Viva la Colifata parce que beaucoup d’entre eux veulent continuer à poser des mots, des phrases, des poèmes et des histoires sur du son, explique avec enthousiasme l’artiste. Il y en aura aussi d’autres concerts même si pour le moment rien n’est calé. »

Au Borda, les infatigables Colifatos travaillent déjà sur de nombreux projets. « On voudrait installer une antenne puissante pour mieux retransmettre dans toute la ville de Buenos Aires, souligne Alfredo Olivera. On voudrait aussi créer un bar qui serait tenu par les Colifatos, développer des vêtements et des objets avec la marque de la radio pour récolter des fonds. » Des projets de partenariats avec des radios similaires sont également dans les cartons. Il se pourrait même fortement que la Radio Citron** de Paris soit concernée…

A la fin du show, tous  les Colifatos montent sur scène. Certains veulent serrer fort leur ami Manu Chao. D’autres dansent. D’autres sourient. Tous ont envie de dire quelque chose à la foule. « Merci à Manu Chao de continuer à parler de nous. » « Merci à Manu Chao de ne jamais nous avoir oublier. » « Merci à Manu Chao d’être le seul artiste international à avoir eu le courage de venir jouer jusqu’au Borda. »
Lui, égal à lui-même, se contente de sourire et de reprendre sa guitare pour un énième refrain survolté. C’est finalement, Julio qui a le mot de la fin : « Manu nunca se va, siempre vuelve ! »***

 

* Piccola radiolina (traduit de l’italien « petite radio »), album La Radiolina de Manu Chao.
** La Radio Citron est la petite soeur française de la Colifata. Elle a été inaugurée en janvier 2010. Plus d’informations : www.radiocitron.com
*** En français : « Manu se s’en va jamais, toujours il revient ! »

A consulter : www.vivalacolifata.org
Remerciements :
A Manu Chao : Merci d’avoir redonné du sens au mot Ecrire.
Aux Colifatos : Gracias por la luz y sobre todo la esperanza. Mi corazón se siente Colifato !

Clémence Lambard

Photos: Anibal Mangoni

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  1. KEVIN - 

    que buena nochee

  2. FRANCA - 

    INCREIBLE EL RECITAL!!! manu je t’ aime! aguante Argentina carajo

  3. NATALIA - 

    Manu c´est incroyable!!!! Je suis allée le 24 novembre…une grande fête….

  4. RELAMPAGOINDIO - 

    emocionante…

  5. NICOLáS - 

    Increible esa noche, nunca la olvidaré. Gracias Manu, Gracias colifatos! Hasta siempre.

  6. PABLO - 

    emocionante relampagoindio saves por que ? por que tu entrastes gratis y estubistes con la banda .. como no lo vas a pasarlo bien

  7. PABLO - 

    chupenle la pichula edionda a todos los colifatos .

  8. FAB - 

    Bravo, bon courage et bonne continuation à vous tous…

  9. MATI - 

    que noche, unico en el mundo tener un mambo asi!!!
    la colifata y manu juntos, algo de locos!

  10. STEPHANIE - 

    Manu je t’adore tu es un soleil dans ma vie merci pour tout l’energie que tu nous apporte

  11. CAMILLE - 

    Superbe article !

  12. LILIANA - 

    Manu volvé pronto a Buenos Aires, me encantaron tus recitales, sos un grande, realmente te admiro mucho!!!

  13. ARESKI - 

    Bravo Manu i Bravo los colifatos :)

  14. NATHALY - 

    Je suis équatorienne, et j’adore la musique de Manu Chau, j’espère que vous êtes pontro!!!!
    Sometimes I dream about reality

  15. NATHALY - 

    Je suis ecuatorina et j’adore la musique de revoir la main, j’espère que vous êtes pontro!!!
    Sometimes I dream about reality

  16. NATHALY - 

    Je suis ecuatorina et j’adore la musique de revoir la main, j’espère que vous êtes pontro!!!

  17. NATHALY - 

    Je suis ecuatorina et j’adore la musique de revoir la main, j’espère que vous êtes pontro!!!!

  18. NATHALY - 

    Je suis équatorienne, et j’adore la musique de Manu Chau, j’espère que vous êtes pontro

  19. CECILIA - 

    Grandiosos!! Mágicos!!

  20. MARIE - 

    Que bonito esto, que bonito este concierto, y este articulo…
    No estaba ahi con vosotros, pero bueno, desde Francia estoy viajando, leyendo este articulo, mirando estas fotos, tan preciosas !! Hombre, gracias a vosotros, ir en estos lugares, perdidos olvidados, incredibles.. y sobre todo compartir, gracias a ti Manu para ayudar esta gente, y a ti periodista querida…. Abrazos

  21. MARTIN - 

    espectacular maravilloso magico y mucha fiesta

  22. NELLY LA ASTURIANITA(DE LA COLIFATA) - 

    que lastima que no pude estar alli el sabado

  23. MARC ROMBONI - 

    bravo manu pour tout ce que tu fais et le trip que vehicule ta musique c le pied a bientot

  24. THEATRE VISCA - 

    Le vent est froid on de bat et il nous giffle
    Le vent est fort lui tourner le dos est parfois impossible
    Le vent ne se laisse pas dominer mais parfois il est chaud et doux pour nous bercer quelques instants…Mais il est toujours vivant comme les chansons de Manu Chao, le vent jamais ne meurt….

  25. BEN - 

    J’aime les personnes qui prennent les autres comme ils sont, avec toutes leurs qualités! Ils sont rares, les gens qui n’apportent rien aux autres!

  26. HéLèNE RICHARDS - 

    bravo Clémence pour ce bel article ; tu m’as fait découvrir Manu chao sous un autre jour et surtout cette radio la colifata, c’est une belle expérience humaine ç’est rassurant que ça existe dans le monde !! des bises

  27. JOSéPHINE - 

    bravo bravo bravissimo!!!

  28. CAROLINE - 

    bizarre… Quand je mets votre musique: elle me touche, me fait danser, vibrer. Merci !

  29. MICHEL CAMBIER - 

    oui super je viens dedecouvrir voici un mois ta musique,et j adore,c pas la meme musique que tous les autres,continue comme ca c super,ca fait du bien de voir quil n y a pas que des vendeurs de larmes ,tres tres chouette si tu passes par bruxelles,c certain j y serai a plus,hasta luego manu y bueno nuevo ano 2012