7/09/09

Manu Chao, guérillero des mots

par Stephane ECHINARD | le 06/09/09

La guitare en bandoulière et le poing serré, le globe-chanteur fait la tournée des réalités du monde. L’Amérique latine, l’Afrique, la Russie, la Savoie, l’Isère, la Fête de l’Huma…

En interview, Manu de la banlieue de Paris parle de ses voyages, de son statut, de politique ou d’espoir. À la vie comme à la scène, à la scène comme au bistrot, « le Chao must go on ».

C’est comme s’il avait semé des cailloux partout. Dans les souliers vernis des puissants, dans les souvenirs des petites gens. Au hasard, époque Mano Negra : concerts de dingues et virées nocturnes avec les potes rencontrés sur les routes de France. Ou époque « Clandestino »: bonnet coloré, slogan en bandoulière, au fil des larmes et des réalités du monde.

Autour de la planète musique, gravitent les engagés, les enragés, les résignés, les riens du tout, les qui décrivent les trentenaires, les qui font craquer les grands-mères… Et puis Manu Chao, profession : artiste à la scène comme au contre-sommet du G8 de Gênes. Le CV dit « chanteur, musicien, producteur… » Tous les papiers qui lui sont consacrés complètent : militant anti-capitaliste, anti-nantis, défenseur // //]]> des opprimés, découvreur et voyageur.

Ne pas oublier le mot « symbole », à traduire en français, espagnol, anglais, arabe ou wolof. Convoquer pour le portrait les dribbles de Maradona, les luttes de Bové ou les paroles du sous-commandant Marcos. Enfin, glisser un adjectif: millionnaire. « Si j’avais le portefeuille de Manu Chao… », gueulait Didier Wampas qui en avait marre des contestataires avec plein de zéros derrière.

« Mon micro, c’est leur haut-parleur »

Dans ce voyage au centre de l’alter, Manu d’la banlieue a fait le pont entre l’Amérique, l’Afrique et l’Europe. « Il y a plein d’endroits au monde où c’est la maison. Au Brésil où vit mon fils, en Argentine, au Chili », énumère-t-il au bout du fil, nous ici, lui dans un bar de Barcelone. « Ah oui ! Barcelone, la Galice, le Pays basque, l’Andalousie…

Et bien sûr, la France c’est la maison aussi. La Bretagne, Marseille et le Nord ». Ce n’est plus Manu Chao, c’est Pierre Bonte ! « Je n’oublie pas Mantes-la-Jolie, Bondy, Ménilmontant. T’es d’où ? Grenoble ? J’ai des souvenirs fabuleux de Grenoble ! Passe le bonjour à mes potes de la Villeneuve, à Brahim… »

Grenoble justement. Et Chambéry avant. Manu Chao arrive en France pour une série de concerts à 29 euros « la preuve que c’est possible ». Retour illico sur le terrain militant. « On me demande souvent si la musique est une arme. Je n’aime pas le mot. Mais c’est vrai, avec la musique, je dénonce, je pousse les mêmes coups de gueule que le boulanger qui galère ou l’étudiant qui manifeste. Mon micro, c’est leur haut-parleur ». Son poing tendu aux foules est aussi le leur.

« Et avec Internet, c’est de la folie, en une minute, mes paroles sont déjà partout ! Mais je m’en fous, je ne parle pas avec ma tête mais avec mon instinct. Tout ce que je dis, en concert ou en conférence de presse, je pourrais te le dire au bistrot ».

« Il reste des zones d’ombre mais ça va »

Alors comme au bistrot, ce jour-là, Manu Chao a taclé Sarkozy et Berlusconi. Comme au bistrot devant un collègue de bières, il a dit qu’il n’avait « pas peur de vieillir ». La serveuse imaginaire ramène des cacahuètes. Il reprend : « J’ai envie de faire des études d’ostéopathie ». Puis de Michael Jackson à « La Radiolina » en passant par des idées pour un monde meilleur, la révolution et Radio Bemba, il a dit que « si à l’école on apprenait aux enfants à savoir s’auto-gérer pour ne pas tomber malades, eh bien en 30 ans, on en aurait fini avec le trou de la Sécu ! » Mais bon… « peut-être que ma solution, elle est bidon ».

Une petite gorgée de silence. « Tu sais, je ne me suis jamais senti aussi bien dans ma peau que maintenant ». Une autre. « Il reste des zones d’ombre, mais ça va ».

Et sur cette planète « pleine de nuages » où l’amer monte, « l’optimisme est ma bouée de sauvetage dans ce monde en tempête ». Manu Chao remet sa tournée. Savoie, Isère, Fête de l’Huma… « Proxima estacion : esperanza ». « Prochain arrêt : espoir ».