9/06/08

……samedi soir à Brest

Musicien et altermondialiste

Morbihan

Le passage de Manu Chao, chanteur engagé, est un événement. 10.000 fans ont vibré avec lui samedi soir à Brest. L’artiste reste néanmoins simple et accessible…


Comment s’est passé ce concert en terre bretonne ? C’était le feu ! Terrible ! On a vraiment « kiffé » avec le Radio Bemba. Je suis encore là aujourd’hui pour remercier le public. Dès la fin des années 80, avec les Hot Pants ou Los Carayos, les Bretons nous ont toujours donné notre chance. Il était important pour moi de passer ici, comme il m’est impensable de rater Le Havre, une autre terre d’accueil. Après quelques concerts de chauffe en Galice, nous revoici sur la route !

Vous n’avez pas épargné les pouvoirs politiques pendant votre concert… Bush et sa clique en premier. Je continuerai tant que des gens comme ça seront au pouvoir. Plus ça va et plus je me demande si nous avançons dans le bon sens. Sommes-nous encore réellement en démocratie ? Nos votes comptent-ils vraiment dans un contexte où le pouvoir économique place ses représentants ?


Résolument engagé donc… Est-ce le fait de sillonner le monde continuellement ? Il y a des endroits que je connais bien. La vision de certains pays comme le Brésil, la Colombie, l’Équateur, l’Algérie ou le Maroc m’empêchent de me taire. Combien de fois ai-je vu des gamins de 16 ou 17 ans me soutenir qu’ici, il n’y a qu’avec un « gun » ou de la cocaïne que tu t’en sors. Mon sentiment de révolte est permanent. J’avance aussi pour ça. Je peux être parfois désespéré, mais il m’arrive d’y croire. Il y a des choses intéressantes qui se passent, au Venezuela, par exemple. Je vois des mômes des quartiers de Caracas qui retrouvent des perspectives. Il y a un début de révolution intéressant donné par Chavez. Pour moi, le drame n’est pas dans ce coin d’Amérique Latine. Il est au Mexique, vérolé par la corruption.


L’industrie du disque se porte-elle si mal ? Pas du tout. L’industrie s’est simplement déplacée. À l’époque des vinyles, on copiait déjà tous avec des cassettes. Qu’on arrête alors de nous vendre le matériel dernier cri qui nous permet de pirater, à grands coups de publicité. Des systèmes comme Live nation me font plus peur. Le management des concerts et le merchandising sont en train d’être totalement contrôlés.

Pas trop fatigué après trois heures de concert ? Tant que la voix est là, on continue ! Un coup d’œil suffi entre nous pour rebondir et improviser. Quand on a vu cette mer samedi, on ne pouvait plus quitter la scène !

Propos recueillis par Thomas Dao.

Hier, Manu Chao a pris le temps de répondre aux questions des journalistes. Et de pousser la chansonnette lorsque quelqu’un lui a tendu une guitare.