La ColiFata

______ siempre fui loco…

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Chroniques de Marc Fernandez 1

Chroniques de Marc Fernandez

Argentine – lundi 4, mardi 5 et mercredi 6 décembre

Le rendez-vous est fixé à 14 heures dans les locaux de la radio La Tribú FM. Une camionnette blanche se gare devant la porte et une dizaine de Colifatos, la plupart assez stressés, d’autres moins, tous excités par l’aventure qui les attends envahissent le trottoir. Aujourd’hui et durant 3 jours, ils vont enregistrer un disque avec Manu Chao, rien que ça. « Je suis à leur service. J’ai préparé quelques thèmes, mais je pense qu’ils ont déjà pas mal d’idées en tête. Ce disque est très important, pour eux et pour moi. Je dirais même qu’il m’importe plus que mon dernier album », explique le chanteur.

Á l’étage, Manu a déjà installé son petit studio mobile. Ordinateur, micro, casque, tout est fin prêt. Les Colifatos s’assoient en arc-de-cercle autour de Manu et c’est parti. D’abord, une réunion, afin que tout le monde comprenne le projet. L’équipe de psys de la Colifata est bien entendu présente et va se servir de ces moments privilégiés dans sa démarche thérapeuthique. Une fois que tous ont bien saisi de quoi il s’agissait, à savoir un vrai disque, un véritable travail artistique (Manu met en musique leurs textes) dont les bénéfices iront intégralement à la radio du Borda, les premiers mots s’élèvent dans la pièce où d’un seul coup, le silence domine.

C’est Julio qui s’y colle en premier. « Je voudrais parler de ma mère. » « C’est un très joli thème », lui répond Manu. Il prend place et l’émotion envahit tout le monde après son improvisation de quelques minutes. Et tous veulent dire un mot sur leur mère. Pendant deux heures, les prises vont s’enchainer. Pas plus de deux, parfois trois. Une habitude chez Manu. Ici, cette démarche prend tout son sens. Alfredo, le créateur de La Colifata, accompagné de Laura, sont attentifs aux mots des Colifatos. Ils interviennent parfois. Lorsque Eber, le correspondant des nuages, entame un long monologue sur son thème préféré, la terre, la Pacha Mama, et nous emmène tous en voyage dans son univers, Laura lui demande : « Eber, et si on rentrait maintenant ? »

Durant les deux premiers jours d’enregistrement à La Tribú, un mot revient sans cesse : émotion. « J’en ai la chair de poule en y repensant. On vient de vivre des moments très forts. Le premier soir, j’étais vidé, fatigué. Mais de la bonne fatigue, positive. Ils m’ont mis la pêche », affirme Manu. Jagger, Fernando, Hugo, Julio, Silvina, Lily, Alejandro, et bien d’autres, ont réalisé un immense travail. Leur poésie a enveloppé tous ceux qui ont eu le privilège d’être présents. Improvisations, jeux de mots, textes préparés, chansons, tout y est passé.

Le dernier jour, mercredi, quelques Colifatos ont accompagné Manu à une heure de route de Buenos Aires, dans le studio gracieusement prêté par Les Piojos, l’un des plus importants groupe de rock argentin. Après un asado (le grand barbecue argentin) avalé dans le grand jardin, direction le studio. Durant tout l’après-midi, les prises se sont là aussi succédées, Hugo a enregistré sa fameuse chanson, qui risque fort de devenir un tube international très bientôt, Soy Malo, accompagné par Manu à la guitare. Jusque tard dans la soirée, tout le monde a répondu présent. La journée de travail s’est terminée par un bœuf géant, mené de main de maître par un Eduardo, l’un des Colifatos les plus actifs, déchainé avec une guitare et un tambourin. Passé minuit, il est l’heure de rentrer. Tout le monde se sépare après de longues embrassades. L’histoire entre la Colifata et Manu continue bien sûr. Un long travail de montage et de mixage attend le chanteur. Et, bientôt dans les bacs, vous pourrez écouter la belle poésie des Colifatos vous transporter très loin. Quant à Manu, il est reparti pour une destination inconnue, avec la promesse de finir ce disque très vite et de revenir le partager avec ses amis Colifatos. En attendant de pouvoir, vous aussi, partager ces émotions, portez-vous bien, che !

Marc Fernandez

Argentine – samedi 1er décembre

« Bienvenue sur LT 22 Radio La Colifata, la radio des patients de l’hôpital Borda de Buenos Aires. » Il est 14h30. Le ciel est un peu couvert et, dans la cour du Borda, c’est la grande effervescence. Aujourd’hui, l’émission – qui a lieu tous les samedis depuis 15 ans – est un peu spéciale. Un invité de marque est attendu. « Notre illustre Colifato, un ami, un membre de la famille », précise Alfredo Olivera, le créateur de cette radio pas comme les autres. Manu Chao arrive quelques minutes avant la prise d’antenne. Et il n’est pas seul. La rumeur a enflé ces dernières heures et ils sont nombreux à s’être approché du Borda pour assister à l’émission. Pour Alfredo, « la Colifata est ouverte au public, mais habituellement, une dizaine de personnes viennent nous voir. Avec la présence de Manu, nous attendons plus de monde. » Il ne croit pas si bien dire. Tout au long de l’après-midi, un va-et-vient incessant se déroule dans les jardins du Borda, devant des patients médusés, peu habitués à voir autant de monde. Les chiffres varient, mais entre 300 et 500 personnes sont présentes.

Pour Manu, c’est le temps des retrouvailles avec les Colifatos, les animateurs de la radio. Hugo, Eduardo, Alejandro sont là. Ils se jettent dans ses bras. « Comment vas-tu mon frère ? » demande Hugo, le plus ancien Colifato. Avec ses deux compères, ils ont participé au clip de Rainin’in Paradize réalisé par Emir Kusturica en mars dernier. « Un souvenir inoubliable, se rappelle Hugo qui ne veut plus lâcher le micro. Et vous savez quoi ? En plus on a été payés ! » finit-il par dire à un public rigolard. Julio, Jagger, Ever et tous les autres Colifatos semblent heureux. Ravis de revoir Manu et, surtout, de voir autant de monde. « Il faut que ce soit comme ça tous les samedis », demande Jagger sous les applaudissements nourris du public.

La présence de Manu ici n’est pas fortuite. Il suit la Colifata depuis des années. « Ce sont des gens exceptionnels, des poètes, des maîtres à penser », ne cesse-t-il de répéter. Mais, malgré le succès d’estime et médiatique, la radio est connue dans le monde entier, la Colifata vit une période difficile. « Il n’y a plus d’argent dans les caisses », annonce Alfredo. « Manu, une nouvelle fois, va nous aider. S’il est à Buenos Aires en ce moment, c’est pour enregistrer un disque avec les Colifatos dont les bénéfices seront reversés à notre association. C’est un beau projet artistique et qui, j’espère, permettra de nous renflouer. »

L’émission d’aujourd’hui est donc particulière. L’équipe de la Colifata tente tout de même de suivre le conducteur établi, écrit comme d’habitude à la craie sur un grand tableau posé contre un arbre. Hugo, Julio, Eduardo, Pablo, Silvina, tous font leur chronique. Julio mène tambour battant une interview avec Manu qui, de temps en temps, prend sa guitare pour accompagner la poésie d’un des Colifatos. Le public écoute, parfois distraitement, parfois très attentivement. Car l’émission se prolonge, elle durera plus de 7 heures. Vers 19 heures, après quelques chansons en solo, les Radio Roots, amis de longue date de la Colifata, se frayent tant bien que mal un passage entre le public pour retrouver Manu. Quelques rumbas, dont un Clandestino repris en chœur par tous, et il faut songer à ranger le matériel. Beaucoup auraient souhaité prolonger la fête, mais nous sommes dans un hôpital psychiatrique. Á 20h30, Alfredo met un terme à cette émission qui restera gravée dans le marbre de l’histoire de la Colifata. Demain, les sessions de travail vont démarrer. Manu a rendez-vous avec les Colifatos pour une première séance d’enregistrement. Nous y serons aussi. Et nous vous le raconterons. En attendant, portez-vous bien, che !

Marc Fernandez

Argentine – Mercredi 28 et jeudi 29 novembre

Il est minuit à Buenos Aires, quelle heure est-il à Córdoba ? L’heure de prendre la route pour Manu et les Radio Roots, un groupe local qui vient lui prêter main forte au cours de son escapade argentine.

Après une conférence de presse animée avec les médias indépendants de Buenos Aires et d’ailleurs, qui s’est terminée par un petit bœuf au cours duquel les chaises ont vite été rangées dans les locaux de la radio La Tribú, direction Córdoba, à plus de 700 kilomètres de la capitale. Au programme : visite à la Luciérnaga, une association qui vient en aide aux enfants des rues en publiant un magazine, et un concert dans l’une des belles salles de cette grande ville. Une salle au nom emblématique, Casa Babylon, ça ne s’invente pas.

Le départ en avion a été remplacé par une nuit de bus. « C’est quand même plus sympathique, on est tous ensemble, on va passer un bon moment », explique Manu. C’est vers minuit et demi que la troupe s’élance. Tout le monde a le sourire et on sent que la nuit sera courte. Elle l’a été. Les discussions vont bon train, les membres des Radio Roots écoutent attentivement leur aîné leur raconter quelques anecdotes de concerts. Un peu plus tard, Manu enchaîne sur les expériences du Cargo et du Train. Intarissable, c’est jusque tard qu’il nous parlera de ces moments forts.

Á Córdoba, le soleil s’est levé depuis quelques heures déjà quand Manu arrive enfin à la Luciérnaga. Les enfants l’attendent avec impatience. Certains étaient même persuadés que sa venue était une rumeur. Mais non, il est bien là. Toujours disponible, il embrasse, serre des mains, fait des photos, signe des autographes. Durant deux heures, c’est l’effervescence, le tout accompagné d’un bon asado (barbecue argentin) préparé par l’équipe de la Luciérnaga.

Et, comme souvent, c’est en musique que la visite se termine. El Negro Cheto, l’un des ados de l’association, improvise un rap qui touche Manu. C’est décidé, il sera sur scène ce soir avec lui. Les chansons s’enchainent grâce à l’entrain des festifs Radio Roots et des gamins musiciens de l’association.

Mais il faut déjà repartir. L’heure du concert de ce soir, organisé en à peine 24 heures au profit de la Luciérnaga, approche. Il faut répéter, ne serait-ce que brièvement, pour fournir une prestation irréprochable aux 600 chanceux qui passeront les portes du Casa Babylon. Manu, avec l’aide de son ami producteur Perro, jouera avec Radio Roots et un autre groupe local, la Cartelera. Les membres de ces deux formations, jeunes, sont très excités à l’idée de partager la scène, ne serait-ce que pour quelques morceaux, avec Manu. « Je lui ai dit, nous confie Pipa, des Radio Roots, que pour moi c’était comme jouer au foot avec Maradona. C’est un grand honneur qu’il nous fait », dit-il sous le regard d’un Manu rigolard. « Arrête un peu. On se connaît, on fait un petit bœuf entre amis, c’est tout. » Quant au guitariste de la Cartelera, il n’en revient toujours pas. « Hier soir, on nous appelle pour nous demander si on ne veut pas accompagner Manu Chao. Et là, on vient de répéter avec lui. C’est incroyable. »

La salle est pleine à craquer, la température grimpe en flèche. Le public argentin, fidèle à sa réputation (« c’est un des meilleurs du monde », affirme Manu), n’en finit pas de chanter, de pogoter et de scander des « Manu, Manu ! » Quelques titres en solo, une session rumba avec Radio Roots et une partie plus rock avec la Cartelera, dont un remarqué Bobby Marley avec El Negro Cheto. Et c’est fini. « Nous reviendrons très vite avec Radio Bemba, promis. Merci Córdoba ! »

Il est plus de 4 heures du matin quand le bus quitte Córdoba pour rentrer à Buenos Aires. Mais certains ne veulent pas dormir. Deux guitares sont sorties et Manu et les plus résistants des Radio Roots sont partis pour deux heures de chansons et de franches rigolades. Le jour se lève quand tout le monde s’endort enfin. Buenos Aires est en vue en début d’après-midi. Les yeux marqués par la fatigue, tout le monde se sépare. Embrassades, accolades, remerciements. Et rendez-vous est pris pour le lendemain. Tous à La Colifata, la radio des patients de l’hôpital Borda, soutenue par Manu. Une autre histoire, que nous vous conterons demain, si vous le voulez bien. D’ici là, portez-vous bien, che !

Marc Fernandez

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Manu Chao & Radio Roots a La Colifata / H. Borda